Les personnes âgées atteintes de démence qui s’ennuient deviennent agitées et recherchent des activités de manière désordonnée. Ces problèmes sont parfois qualifiés de « troubles du comportement », pour lesquels un traitement médicamenteux est alors envisagé. L’ennui est aussi parfois confondu avec la dépression, ou peut déclencher, entretenir ou aggraver une dépendance. Il peut également révéler un sentiment existentiel de perte de sens.
Autrement dit, l’ennui est un thème particulièrement pertinent dans la prise en charge des personnes âgées. Il est donc essentiel de lui accorder une attention suffisante, tant en matière de prévention que dans le traitement et l’interaction avec les personnes âgées.
Malgré la pertinence et l’importance de ce sujet, force est de constater que, globalement, le problème de l’ennui dans la prise en charge des personnes âgées est relativement peu étudié. Il est également frappant de constater que, lors d’une revue de la littérature, il faut principalement se référer aux études littéraires, à la philosophie et à l’histoire, et moins à la psychologie ou aux sciences médicales.
Une exploration préliminaire de ce thème s’impose donc.
L’ennui
On entend rarement les adultes se plaindre de s’ennuyer ; Au contraire, les adultes nient catégoriquement pouvoir s’ennuyer. Il semble que nous, adultes, soyons convaincus de devoir constamment nous lancer de nouveaux « défis » suffisamment stimulants. Quiconque s’ennuie éprouve de la honte. Après tout, on se sent incapable de s’élever socialement par des « activités significatives ». On en est gêné. Dans l’ennui, on se sent vulnérable, à ses propres yeux comme aux yeux des autres. C’est pourquoi on tente de le dissimuler, à soi-même comme aux autres. L’ennui, en tant qu’état d’esprit, est une expérience de pauvreté intérieure que l’on préfère cacher.
Mais que signifie exactement l’ennui ?
Dans le dictionnaire Van Dale, l’ennui est décrit comme « un sentiment désagréable de vide tel que le temps paraît interminable ».
L’étymologie du mot « ennui » révèle déjà une première observation intéressante : différentes langues mettent l’accent sur différents aspects ou différentes formes d’ennui.
En allemand, le terme « Langeweile » (littéralement « la longue durée du temps ») met l’accent sur l’expérience du temps, tandis qu’en français, « ennui » et en anglais, « boredom, weariness or tedium » (ennui, lassitude ou ennui), c’est un état d’esprit qui prime, allant d’un sentiment d’insatisfaction à une aversion ou un dégoût de l’existence, comme dans le français « la nausée ».
Awee Prins, philosophe néerlandais, soutient dans sa thèse particulièrement intéressante que « la structure sémantique elliptique, articulée autour de deux pôles sémantiques, peut être attribuée au mot ennui » (Prins, 2007) : l’expérience du temps et l’état d’esprit. Avec le temps, l’expérience du temps a prédominé dans le monde germanophone, tandis que dans le monde francophone (ennui), c’est l’état émotionnel qui prime…
Le mot néerlandais « verveling » (ennui) provient du haut allemand « verviln » (van Wijk, 1912), qui signifie : devenir ou paraître excessif. Ce « trop » renvoie à la fois à la perception du temps (trop de temps) et à un état émotionnel (un état émotionnel excessivement lourd). L’étymologie des mots « ennui » et « désir » est également intéressante. Le mot « désir » contient lui aussi une dimension temporelle – même le mot « long » – car le désir peut durer longtemps…
Dans le mot néerlandais « verveling », les composantes émotionnelle et temporelle sont donc intimement liées. Pour les distinguer, la littérature néerlandaise établit souvent une distinction entre l’ennui quotidien et l’ennui existentiel. On pourrait décrire l’ennui quotidien comme une émotion sociale de légère aversion, déclenchée par une circonstance temporaire, inévitable et prévisible. Pensons par exemple à l’attente d’un train ou d’un avion en retard, à un cours ennuyeux, aux files d’attente à la caisse ou à un long repas de famille (Toohey, 2012). L’ennui quotidien est donc fortement déterminé par les circonstances.
Plutôt que de se laisser séduire par l’attrait constant des partisans de l’autonomie, il serait préférable de se demander de quoi on a si peur.
Cependant, l’ennui peut être si envahissant et s’immiscer dans tous les domaines de la vie qu’il ne s’agit plus d’un ennui « quotidien », mais d’un ennui profond, voire existentiel. Cet ennui imprègne la personne tout entière, il n’est pas passager et n’est pas déterminé par les circonstances. Il s’agit d’un ennui qui affecte profondément l’individu et peut engendrer un sentiment de vide et d’absurdité. L’ennui dépersonnalise.
On se retrouve malgré soi dans cet ennui existentiel, car on ne souhaite pas s’y retrouver. On y arrive donc malgré soi, même si certaines personnes peuvent être plus vulnérables ou plus sensibles à cet état.
Source de cet article : https://evara.be/artikel/over-ouderen-en-verveling-ik-verveel-me-zo-ik-verveel-me-meer-en-meer
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